VIEILLISSEMENT DE LA POPULATION

Comment rendre nos municipalités plus amies des aînés

Samuèle Rémilard-Boilard
Jonathan Naisby
Centre de recherche sur le vieillissement, Université de Sherbrooke
2024

Le vieillissement de la population est une tendance mondiale particulièrement présente dans les pays développés, due notamment à l’augmentation de l’espérance de vie et à la baisse du taux de natalité. Le Québec ne fait pas exception à la règle. En 2021, 20 % des Québécois étaient âgés de 65 ans et plus, totalisant 1,75 million de personnes. Cette proportion ne fera qu’augmenter dans les prochaines années, alors que les projections prévoient que ce groupe atteindra 26 % de la population d’ici 2041. Les femmes ayant une espérance de vie plus élevée, celles-ci seront davantage représentées au sein de ce groupe et parmi les personnes aînées vivant seules.

Les municipalités se voient affectées différemment par le vieillissement de la population sur le territoire québécois. Les petites municipalités rurales, par exemple, comptent généralement une proportion plus élevée de personnes aînées que les villes de grande taille et tendent à assister à l’exode de leur population vers les villes-centres où davantage de services sont disponibles. Certaines régions du Québec, notamment celles plus éloignées des grands centres, verront également la proportion de leur population aînée augmenter de manière particulièrement prononcée d’ici 2041.

Vieillir chez soi, dans sa communauté : le premier choix des aînés

La majorité des personnes aînées souhaitent vivre chez elles et demeurer le plus longtemps possible dans leur communauté en vieillissant. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, seule une faible proportion des personnes âgées de 65 ans et plus vit en institution au Québec. La grande majorité de ce groupe d’âge (96 % des 65 ans et plus et 63 % des 85 ans et plus) habite un appartement, une maison ou une résidence pour personnes aînées, renforçant l’importance de considérer leurs besoins dans la planification des services municipaux.

La possibilité d’avoir accès à un logement abordable, de demeurer autonome, de se déplacer, de faire ses courses et d’avoir accès à des commerces de proximité sont autant de facteurs permettant de bien vieillir dans sa communauté.

Les municipalités sont des espaces importants de participation sociale, d’autant plus pour les personnes aînées qui tendent à passer davantage de temps dans leur domicile et leur quartier après la retraite. Créer des milieux de vie inclusifs, exempts d’âgisme, offrant des opportunités de socialisation, de loisirs et d’engagement social peut non seulement leur permettre de demeurer actives, mais également de maintenir leurs divers rôles sociaux (citoyen, parent, grand-parent, bénévole) en vieillissant.

Les personnes aînées sont loin de former un groupe homogène. Comme c’est le cas pour tous les groupes d’âge, celles-ci ont des besoins, préférences et aspirations variées qui évoluent au fil des années. Les consulter et les impliquer dans les réflexions entourant l’aménagement de leur municipalité est ainsi essentiel afin de s’assurer de comprendre leur réalité et de bien répondre à leurs besoins.

Adapter les environnements bâtis aux besoins des aînés

L’expérience du vieillissement est fortement influencée par les environnements sociaux et bâtis dans lesquels vivent les personnes aînées. Si les municipalités offrent de nombreuses opportunités, certaines barrières – notamment au niveau des environnements bâtis – peuvent toutefois restreindre leur participation et leurs possibilités de demeurer actives en vieillissant.

Pensons par exemple au déneigement inadéquat des trottoirs qui peut accroître les risques de chutes, à l’absence de bancs publics qui peut les décourager à se déplacer sur de plus longues distances ou encore au manque d’éclairage dans certains espaces publics qui peut accroître leur sentiment d’insécurité.

Souhaitant créer des milieux de vie plus favorables aux aînés, de plus en plus de municipalités travaillent à réduire ces barrières, que ce soit en offrant des options de transport plus inclusives, en facilitant la marche sur leur territoire, en revoyant leur signalisation ou en facilitant l’accès aux bibliothèques, musées, bâtiments et espaces publics, pour ne nommer que quelques exemples. Ces aménagements sont essentiels afin de permettre aux personnes aînées de se déplacer dans leur communauté, maintenir leurs rôles sociaux et continuer à exercer leur autonomie.

Que peuvent faire les municipalités ?

Plusieurs programmes existent afin d’aider les municipalités à adapter leurs environnements aux besoins de leur population vieillissante. Celles-ci peuvent notamment rejoindre le programme Municipalité amie des aînés (MADA), présent sur le territoire québécois depuis 2009. Comptant aujourd’hui plus de 1000 municipalités et MRC participantes, le programme MADA encourage les municipalités à travailler sur neuf grandes thématiques relevant autant des environnements sociaux que bâtis (voir figure ci-contre).

En plus de bénéficier d’un soutien financier et technique pour développer un plan d’action, les municipalités MADA participantes ont également l’opportunité de déposer une demande au programme PRIMA afin d’obtenir un soutien financier pour réaliser des travaux d’ajout, de réfection ou encore d’agrandissement d’infrastructures utilisées par les aînés.

Une variété de projets sont admissibles, passant de l’installation d’ascenseurs ou de portes automatiques à l’aménagement de parcs intergénérationnels ou d’aires de repos. Ceux-ci doivent toutefois répondre à un besoin ayant été identifié par les personnes aînées lors de consultations MADA.

Si le développement de nouvelles initiatives n’est pas possible à court terme, développer le réflexe de penser aux besoins des personnes aînées au moment de réfléchir un projet constitue un jalon important vers la création de milieux plus inclusifs pour tous les âges. Considérer les personnes aînées comme un groupe hétérogène, porter attention aux environnements dans lesquels elles vivent, aux lieux qu’elles fréquentent, à leurs déplacements ainsi qu’aux obstacles qu’elles rencontrent sont tous des moyens d’aiguiser ce réflexe et de favoriser une meilleure prise en compte de leurs besoins dans l’aménagement des municipalités.

Vous aimerez peut-être

Samuèle Rémilard-Boilard
Jonathan Naisby
2024
Janie Masse-Dufresne, ing.
Christin Müller, chercheuse
2025

Recevez de nos nouvelles
par courriel