PRIX GESTION DES ACTIFS AIMQ 2025

Démarche d’élaboration du plan quinquennal de voirie durable

Éric Bégin, ing.
Chef de Division – planification, Division planification, Service des infrastructures
Ville de Victoriaville
2025

La Ville de Victoriaville a reçu le Prix gestion des actifs AIMQ 2025 pour sa planification quinquennale de voirie durable (PQVD). Cet article expose la démarche suivie par la municipalité.

La planification des interventions routières représente un défi majeur pour les municipalités du Québec. Entre l’entretien préventif, les besoins croissants de mobilité active, l’adaptation aux changements climatiques et la gestion responsable des ressources financières, les équipes municipales doivent composer avec des choix stratégiques complexes.

La Ville de Victoriaville a entrepris depuis plusieurs années une transformation profonde de sa démarche d’élaboration des plans quinquennaux de voirie (PQV). L’objectif était clair : passer d’une planification souvent influencée par des pressions politiques ou citoyennes à une approche rigoureuse, fondée sur des données probantes et sur une vision intégrée du développement durable.

 

Cette démarche progressive et durable repose sur quatre piliers :

  1. L’utilisation de modèles de dégradation calibrés et fiables
  2. L’intégration des principes de gestion d’actifs et de développement durable
  3. La stabilité et la prévisibilité des programmations
  4. La collaboration interservices et l’amélioration continue

 

De l’auscultation à la planification stratégique

En 2023, une auscultation complète des chaussées a été réalisée avec le soutien de la firme Englobe. Loin de se limiter à un simple relevé de l’état des surfaces, cette campagne a été l’occasion de franchir une étape décisive : calibrer un modèle de dégradation à partir des données de 2018 et 2023.

Ce calibrage constitue une avancée majeure. Trop souvent, les modèles de dégradation proposés reposent sur des courbes théoriques qui reflètent mal la réalité locale. En ajustant les variables en fonction des dégradations réelles observées sur une période de cinq ans, nous avons pu bâtir un outil de prévision crédible, capable de simuler l’évolution du réseau jusqu’en 2029 – et même jusqu’en 2034 dans les scénarios plus récents.

Ces simulations offrent une base solide pour évaluer divers scénarios d’investissement, mesurer leur impact sur la cote moyenne du réseau et comparer objectivement les options disponibles. Elles renforcent aussi la légitimité des recommandations techniques présentées au conseil municipal.

 

Des orientations claires et mesurables

Sur la base de ces données, plusieurs scénarios ont été soumis au conseil afin de définir les grandes orientations. Trois décisions majeures ont été prises :

  • Maintenir une cote moyenne de dégradation des chaussées de 60 % pour l’ensemble du réseau et de 65 % pour les artères et collectrices
  • Augmenter le budget annuel de réfection de 4,5 millions de dollars (M$) à 6,95 M$, avec une priorisation des artères et collectrices
  • Accroître le budget annuel de scellement de fissures de 60 000 $ à 100 000 $

Ces choix traduisent un virage stratégique : plutôt que de se limiter à réparer les rues les plus détériorées, la Ville mise sur une gestion proactive, où des interventions plus légères, réalisées au bon moment, prolongent significativement la durée de vie des chaussées.

 

La constance : un facteur de réussite

L’une des innovations marquantes de la démarche est la recherche de stabilité entre les plans successifs. Puisque les PQV se chevauchent sur quatre années, la volonté est de conserver une programmation la plus constante possible, sauf en cas de contraintes techniques majeures (bris d’aqueduc, interventions sur d’autres réseaux, etc.).

Cette constance présente plusieurs avantages :

  • Optimiser la conception des projets, en permettant aux équipes d’anticiper et de coordonner les interventions
  • Faciliter la planification interne et externe, tant pour les services municipaux que pour les divers partenaires
  • Offrir une meilleure prévisibilité aux citoyens et aux élus, en expliquant clairement les ajustements nécessaires

 

Intégrer le développement durable à la voirie

L’autre dimension essentielle de la démarche est l’intégration progressive de critères liés au développement durable.

Ainsi, chaque tronçon inscrit au PQV est analysé non seulement en fonction de la dégradation de la chaussée, mais aussi des opportunités d’améliorer la sécurité et la mobilité active, ou d’intégrer des infrastructures vertes.

Pour ce faire, trois plans directeurs servent de référence :

  1. Plan directeur des réseaux cyclables (2021)
  2. Plan directeur des réseaux piétonniers (2022)
  3. Plan de mise en place d’infrastructures vertes de gestion des eaux pluviales (2022)

Exemples d’intégrations :

  • L’ajout de trottoirs ou de bandes cyclables lors d’un resurfaçage
  • L’aménagement d’intersections sécurisées
  • L’intégration de noues, bassins ou plantations pour gérer durablement les eaux pluviales

 

Les retombées concrètes

Les bénéfices de cette démarche se font déjà sentir :

  • Amélioration de la performance réseau : les simulations démontrent que l’approche adoptée permet non seulement de maintenir la cote cible, mais aussi de réduire potentiellement les besoins budgétaires à long terme ;
  • Validation externe : l’auscultation des trottoirs et pistes cyclables en 2025 a confirmé la pertinence des stratégies, avec des cotes moyennes élevées (81 % pour les trottoirs et 88 % pour les pistes cyclables) ;
  • Efficience accrue : la stabilité de la planification facilite la préparation des projets en amont, améliore la coordination interservices et réduit les délais ;
  • Adaptation climatique : l’intégration des infrastructures vertes contribue à réduire les îlots de chaleur, à améliorer la qualité de l’eau et à accroître la résilience du territoire ;
  • Dépolitisation des choix : les rues à intervenir sont sélectionnées sur la base de critères techniques et non de pressions ponctuelles.

 

Une démarche collaborative

Ce succès repose sur une collaboration étroite entre plusieurs entités municipales :

  • Planification : coordination et choix techniques
  • Transports : intégration des mesures de mobilité active et de sécurité
  • Travaux publics : entretien courant et prise en compte des enjeux d’exploitation
  • Bureau du développement durable : ciblage des zones prioritaires en matière d’îlots de chaleur et de verdissement
  • Géomatique : mise à jour des bases de données et production des cartes
  • Conseil municipal et direction générale : définition et approbation des orientations stratégiques

Cette synergie est au cœur de la réussite : chacun·e contribue à enrichir la planification et à assurer une mise en œuvre cohérente.

 

Vers une amélioration continue

Au-delà des résultats actuels, la démarche s’inscrit dans une logique d’amélioration continue. Chaque nouveau cycle de planification permet d’intégrer de nouvelles données, de raffiner les modèles et d’optimiser les outils de communication avec les élu·e·s et citoyen·ne·s.

Cette approche progressive confirme une conviction : en gestion des actifs, le succès repose sur la constance et l’évolution continue des pratiques.

 

Conclusion

La démarche d’élaboration des plans quinquennaux de voirie à Victoriaville illustre comment une municipalité peut transformer ses façons de faire pour conjuguer rigueur technique, responsabilité financière et objectifs de développement durable.

En misant sur des modèles calibrés, sur une planification stable et sur une intégration transversale des enjeux de mobilité et d’environnement, la Ville pose les bases de plans de voirie réellement durables, capables de répondre aux besoins d’aujourd’hui tout en préparant l’avenir.

 

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Anne‑Frédérique Hébert‑Dolbec
2023

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