Tous ont entendu parler de l’entente intervenue en décembre 2022 sur la protection de la biodiversité dans le cadre de la conférence internationale tenue à Montréal sous l’égide des Nations Unies. Évidemment, la problématique de la biodiversité interpelle les professionnels, au premier chef les ingénieurs.
Les questions existentielles qui se posent à leur égard s’inscrivent dans deux ordres de préoccupations : qui suis-je par rapport à cette entente, et que puis-je faire dans la perspective de la protection de la biodiversité ?
Cet article présente quatre angles du concept de biodiversité : juridique, éthique, politique et technique. Ces angles sont complémentaires et interreliés. Ils mettent en évidence des valeurs professionnelles, mais également des axes de perception, de comportement et d’intervention. Il s’agit de points d’ancrage de la pratique professionnelle.
Sur le plan juridique
Il convient d’abord de rappeler les principes de notre société de droit. Tous les acteurs de la société civile, incluant les professionnels, sont assujettis au respect des lois adoptées par les autorités compétentes.
La biodiversité s’inscrit dans de multiples domaines de compétence et d’intervention, notamment sous le prisme multivalent de l’environnement. Les autorités québécoises et fédérales exercent chacune leur compétence dans les domaines qui leur sont attribués.
La Cour suprême du Canada a conclu que l’environnement n’était pas un champ de compétence constitutionnelle particulier. Cela explique que les parlements du Québec et d’Ottawa aient adopté chacun des lois couvrant des aspects diversifiés : travaux, ouvrages, exploitation de ressources, rejets dans l’air, l’eau ou les sols, mise en réserve d’espaces naturels, protection d’espèces menacées, etc.
La législation et la réglementation adoptées en vertu de ces lois sont abondantes. Il serait fastidieux d’en produire un inventaire exhaustif. Cela ne signifie pas qu’on puisse se permettre de les oublier ou de les négliger lors de la planification ou de la réalisation de projets. Les levées de boucliers sont fréquentes lorsque des projets affectent des milieux sensibles, tant sur le plan écologique que social et politique.
Sur le plan éthique
Le premier réflexe porte sur les codes de déontologie applicables, notamment en vertu de la Loi sur les ingénieurs ou des codes municipaux. Les employés et fonctionnaires municipaux sont assujettis à un Code d’éthique et de déontologie.
Au-delà des codes, il faut tenir compte des valeurs personnelles et collectives, ainsi que des principes éthiques qui guident notre perception et nos interventions. La sensibilité à la richesse, à la diversité, à la complexité et à la précarité des milieux de vie doit habiter le cœur des engagements professionnels. Cette sensibilité doit imprégner les attitudes et interventions, bien au-delà des défis habituels d’efficacité et de durabilité.
Sur le plan politique
Les professionnels, qu’ils œuvrent dans le privé ou dans l’administration publique, jouent un rôle crucial auprès des instances décisionnelles. Ils doivent analyser les situations, établir des éléments de planification, justifier les interventions quant à l’opportunité, la nécessité et la justesse des décisions, et lever les signaux d’alerte lorsque requis.
La fibre écologique doit être intégrée dans leur devoir de conseil.
Sur le plan technique
La compétence professionnelle se manifeste dans l’application des règles de l’art, codifiées ou non. Le mot compétence possède une double signification : le domaine des activités et la capacité d’exercer correctement ces activités. Ces deux aspects se rejoignent dans la question de la responsabilité civile professionnelle.
On attend d’un ingénieur qu’il agisse de manière compétente afin de réaliser des projets adéquatement, en évitant les conséquences fâcheuses pouvant entraîner sa responsabilité civile ou celle de ses associés ou employeurs. Cette responsabilité inclut la planification, la rédaction des devis, l’examen des soumissions, l’octroi des contrats et la surveillance des travaux.
Chacun de ces aspects peut comporter des préoccupations liées à la biodiversité, même si cela n’est pas évident au premier abord.
La biodiversité n’est pas seulement une problématique d’espèces singulières; elle s’inscrit dans une dimension environnementale globale.
Intégrer la biodiversité dans sa pratique
Aux étapes de planification, de réalisation et même dans la perception des situations, il importe de s’imprégner de ces valeurs environnementales.
La biodiversité loge à de nombreuses enseignes qui se chevauchent et se relient. Cela implique une obligation d’élargir la vision sur ses multiples aspects et d’ouvrir des fenêtres dans les silos professionnels, en tenant compte du rôle d’autres catégories professionnelles.
Les 23 cibles de l’accord de Kunming-Montréal peuvent être consultées en ligne. Leur portée légale au Québec et au Canada dépendra de l’adoption de règles juridiques internes. Cela n’empêche pas les citoyens et les professionnels de s’en inspirer pour infléchir les modes de perception et de comportement, dans les quatre angles présentés : juridique, éthique, politique et technique.