Hala Gébrine a toujours eu un côté cartésien et un autre plus artistique. Parce qu’elle avait un talent naturel pour les mathématiques, ses parents, d’origine libanaise, l’ont encouragée à poursuivre une carrière scientifique. Aujourd’hui cheffe de la Section égouts, aqueduc, achats de biens et gestion routière à la Ville de Mont-Royal, elle a développé une passion pour le génie municipal et les infrastructures, ce qu’elle n’avait jamais envisagé.
« Quand je suis en voyage, je m’amuse à photographier des couvercles de regard d’égout, des bornes-fontaines », lance en riant Hala Gébrine. Diplômée en génie civil de Polytechnique Montréal en 2011, elle n’aurait jamais imaginé cela en s’inscrivant à ce programme. « Je l’avais choisi sans trop savoir ce que faisaient les ingénieurs. Je m’imaginais qu’ils construisaient seulement des ponts », se rappelle-t-elle.
C’est en travaillant sur un grand chantier, pendant ses études, qu’Hala Gébrine a réellement eu le déclic : « Un chantier, c’est un immense projet. Voir toutes les étapes de sa réalisation, en partant de rien, ça m’a vraiment impressionnée. Surtout que je suis quelqu’un de très organisé, qui aime planifier. »
Après une première incursion dans le domaine comme employée d’un entrepreneur général, Hala Gébrine a décidé de modifier sa trajectoire pour travailler dans le domaine municipal. « Plusieurs personnes me disaient que j’allais m’ennuyer, mais je ne me souviens pas d’un seul moment où je me suis tourné les pouces. Dans une petite municipalité comme la ville de Mont-Royal, j’ai la chance de toucher à plusieurs volets du monde municipal : les opérations, l’entretien, les bâtiments, le contact humain… »
Les citoyen·nes au cœur des décision
D’abord chargée de projets de 2013 à 2020, maintenant cheffe de section, l’ingénieure apprécie le fait de travailler au service de la population : « Plutôt que de rechercher le profit, comme c’est le cas au privé, on met nos efforts afin d’utiliser au mieux l’argent des contribuables. » Une façon pour elle de participer à la société : « Je suis ingénieure, donc très analytique, mais mon côté humain est aussi très présent. C’est important pour moi de faire une différence. »
Loin d’être abstrait, son travail l’amène à réfléchir à la ville de demain afin qu’elle soit, entre autres, adaptée aux changements climatiques qui, déjà, se font sentir. L’automne dernier, l’ingénieure a participé à une soirée d’information pour les citoyen·nes, organisée à la suite des pluies torrentielles qui se sont abattues sur le Québec, et plus particulièrement l’île de Montréal, en août. « Certaines personnes étaient très émotives, ce qui est normal. Pendant la soirée, nous avons présenté les mesures que la Ville doit adopter à ce chapitre, ainsi que celles que les citoyens peuvent mettre en place pour protéger leur maison. »
La cheffe de section a aussi organisé un kiosque d’information qui s’est tenu un samedi après-midi, à la suite de la présentation où les citoyen·nes avaient l’occasion de parler avec elle et ses collègues, ainsi qu’avec un expert dans le domaine pour recevoir des conseils personnalisés sur les mesures à prendre pour bien protéger leur résidence. « J’aimerais être encore plus disponible pour aider les citoyens, mais nous avons chacun notre rôle au sein d’une municipalité. C’est mon défi actuellement, parce que j’aimerais pouvoir en faire plus. »
« En parallèle, je travaille sur les divers documents associés à la gestion d’actif de l’eau, comme le plan directeur d’égouts, et sur la calibration de notre modèle hydraulique. »
Grâce aux données ainsi recueillies, la Ville pourra planifier les actions optimales pour atténuer l’impact des fortes pluies sur son territoire qui est grande ment densifié, telles que l’intégration de diverses infrastructures vertes et la gestion en surface des eaux de pluie.
Passionnée d’infrastructures
Dans son parcours professionnel, Hala Gébrine s’est rapidement intéressée à la gestion des actifs, soit les infrastructures, qui constituent les fondements mêmes d’une ville. « Dans les Municipalités, on a souvent tendance à travailler en silo, à être toujours en mode réactif. La gestion d’actifs permet de prendre le temps de planifier, d’élaborer une vision à long terme. C’est aussi une façon de bien gérer l’argent des contribuables. »
Un sujet peu abordé dans sa formation initiale, note-t-elle. C’est pourquoi, après avoir terminé un certificat professionnel en planification de la gestion des actifs auprès de NAMS Canada, un organisme qui offre des formations à ce sujet, l’ingénieure a entrepris en 2022 une maîtrise en gestion des infrastructures urbaines à l’École de technologie supérieure (ÉTS).
Aujourd’hui, elle travaille aussi à la mise en place d’un plan de gestion des actifs pour la Ville de Mont-Royal. Bien qu’elle combine travail et études, Hala Gébrine trouve le temps de s’impliquer auprès de l’AIMQ. Une façon pour elle d’avoir le point de vue d’ingénieur·es d’expérience provenant de plusieurs régions et de multiples horizons : « C’est vraiment intéressant d’avoir accès à ces différents points de vue, puisque le domaine municipal est tellement vaste et qu’on y retrouve plusieurs types d’actifs. C’est intéressant de réfléchir aux différentes façons d’offrir les services attendus par les citoyens. »
Dans ses temps libres, Hala Gébrine se tourne vers l’art pour se ressourcer. Sa créativité s’exprime dans ses écrits ou encore à travers ses peintures abstraites. Récemment, l’ingénieure s’est aussi mise à l’apprentissage de la musique. Chaque jour, elle joue du piano et de la guitare pendant 30 minutes chacun. Cela lui permet de décompresser. « Je vois aussi beaucoup de spectacles de musique ! »
« Je pense que je n’aurai pas assez d’une vie pour tout faire ! » conclut-elle. Une phrase qui résume bien son parcours !