Connectivité et biodiversité : un enjeu municipal

Fabienne Déturche, M. Sc., M. Env. DMA
Chargée de projet, aménagement durable du territoire
Corridor appalachien
2023

La perte de biodiversité est aujourd’hui un enjeu d’actualité. Plusieurs villes ont pris des engagements en marge de la COP 15 qui s’est déroulée à Montréal en décembre dernier et qui vise à freiner la perte de biodiversité d’ici 2030.

Le projet des Orientations gouvernementales en aménagement du territoire (OGAT) revient sur l’importance de protéger nos milieux naturels et de les connecter. L’Union des municipalités du Québec (UMQ) avait d’ailleurs l’an passé souligné l’importance de la conservation et de la connectivité comme mesure d’adaptation aux changements climatiques. De plus, les MRC ont parfois, lors de l’élaboration de leur Plan régional des milieux humides et hydriques (PRMHH), pris en compte l’ensemble des milieux naturels et les éléments de connectivité.

Aujourd’hui, conservation, protection, restauration et connectivité font partie du langage en aménagement du territoire.

Il est reconnu que nos écosystèmes, pour être plus résilients, plus stables et plus fonctionnels doivent être connectés. Dans un contexte de réchauffement climatique et de chute de biodiversité, la connectivité prend alors toute son importance. Assurer la circulation des espèces dans les milieux terrestres et aquatiques, c’est assurer la santé de nos écosystèmes, le maintien des services écologiques et la durabilité de nos infrastructures naturelles.

Cet article présente certaines modalités d’aménagement de ponceaux qui peuvent être déterminantes pour le maintien ou la restauration de la connectivité écologique.

Site : https://connectiviteecologique.com/connectivite

Que peuvent faire les municipalités pour maintenir ou restaurer la connectivité écologique ?

Les municipalités devraient avoir en main une cartographie de leur réseau écologique, qui comprend les noyaux d’habitats (forêts non fragmentées) et les corridors écologiques. Elle pourra ensuite :

  • Utiliser ses outils d’aménagement du territoire pour conserver ou protéger certains milieux naturels permettant de connecter des écosystèmes d’importance
  • Établir des partenariats pour effectuer de la restauration permettant de reconnecter ou d’améliorer la connectivité
  • Encourager la protection à long terme de milieux naturels en partenariat avec des organismes de conservation-
  • Valider si les aménagements de ponceaux sont à effectuer dans un corridor de connectivité et si oui, valider si nous sommes en présence d’un goulot d’étranglement

 

Le goulot d’étranglement : un enjeu en matière de connectivité

Un goulot d’étranglement est une partie d’un corridor qui, en raison d’une infrastructure de transport ou d’un autre aménagement, est devenue un facteur de limitation de la dispersion des espèces. Cette zone est cruciale, car le bris affecterait la fonctionnalité du corridor.

On comprend sur l’exemple de la carte ci-dessus que le ruisseau et sa bande riveraine constituent le seul lien, celui-ci étant devenu critique, qui permet le maintien de la connectivité. L’aménagement des ponceaux pourrait ici maintenir ou briser la connectivité.

De manière générale pour favoriser le passage des espèces aquatiques et terrestres (petite et moyenne faune), on cherchera à :

  1. Faire en sorte que la lumière pénètre dans le ponceau. Plus l’ouverture est large par rapport à la longueur du ponceau, plus les espèces l’utiliseront.
  2. Essayer de conserver la largeur naturelle du lit du cours d’eau. Bien qu’une restriction de 20 % du cours d’eau soit autorisée, cette restriction peut créer un problème de continuité dans les berges et une augmentation du débit dans le cours d’eau. Pour assurer une connectivité pour l’ensemble des espèces, la largeur du lit et le débit naturel sont deux éléments à privilégier. Ainsi, plus le ponceau est enfoui et large, plus l’habitat peut être amélioré par le dépôt de matériel permettant de constituer le lit naturel du cours d’eau.
  3. Reconstituer le lit du cours d’eau à l’intérieur d’un ponceau avec une granulométrie et une roche le plus possible similaires au lit du cours d’eau (des déflecteurs de pierres peuvent être installés pour maintenir le lit en place).
  4. Reconstituer le milieu naturel en aménageant des rives à l’intérieur du ponceau par un empierrement. Les espèces, particulièrement les espèces semi-aquatiques, suivent les rives naturellement pour leur déplacement. Opter pour une variété de tailles et de diamètres de roches. S’assurer que les rives soient au-dessus de la ligne des hautes eaux durant une bonne partie de l’année pour éviter un bris de la connectivité faunique.
  5. Si l’aménagement d’un empierrement n’est pas envisageable, notamment pour des raisons liées à la largeur de l’infrastructure, installer une tablette de bois dans le ponceau.
  6. Compléter ces aménagements par des clôtures à faune adaptées si un enjeu de sécurité routière est présent.
  7. Réduire les effets dissuasifs pour la faune liés à l’utilisation de tels aménagements :
    • Éviter les pentes fortes ;
    • Éviter l’éclairage artificiel ;
    • Éviter d’aménager des sentiers d’accès à l’infrastructure ;
    • S’assurer de la présence d’un couvert végétal aux rives ;
    • Dégager aux extrémités de l’ouvrage la végétation dense qui peut nuire à la visibilité par la faune du passage faunique tout en laissant une apparence naturelle au site ;
    • Enlever l’accumulation de débris à l’entrée du ponceau pour que l’entrée soit visible ;
    • Éviter les chutes, prévoir un enfouissement du ponceau qui ne créer pas de différence de hauteur avec le lit du ruisseau ;
    • Éviter qu’il y ait une discontinuité du lit du cours d’eau dans le ponceau.

 

De façon générale, il est préférable de privilégier les ponts plutôt que les ponceaux. Ceux-ci offrent beaucoup plus d’avantages et de possibilités que les ponceaux en matière de connectivité écologique.

Le succès de tels aménagements est démontré. Ce domaine de recherche est en constante évolution et l’ingénierie est ici interpellée au premier chef.

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