Pari réussi pour la Ville de Sherbrooke

Relocalisation du pont des Grandes-Fourches

Élise Arguin, M. Env.
agente de liaison, Service de l’ingénierie, des eaux et des projets majeurs
Ville de Sherbrooke
2025

La Ville de Sherbrooke s’est mérité le Prix Génie méritas de l’Association des ingénieurs municipaux du Québec (AIMQ) 2024 pour le projet de relocalisation du pont des Grandes-Fourches, un projet ambitieux qui a permis d’entamer une réflexion plus profonde sur l’aménagement du centre-ville, la protection des berges et la protection de zones inondables. Amorcé en 2019, le projet complexe et de longue haleine a été mené de main de maitre par la municipalité.

Face à la détérioration avancée de la structure, datant de 1964, et à la nécessité de reconstruire de manière urgente la « porte d’entrée du centre-ville », la Ville de Sherbrooke a choisi de ne pas se contenter d’une simple solution « copier-coller » pour la remettre en état. Pour l’organisation municipale, une chose était claire : l’occasion était rêvée de revoir complètement la configuration des lieux, de faire valoir la nature environnante trop longtemps dissimulée et de donner un nouveau coup d’œil sur le patrimoine bâti au confluent des rivières Magog et Saint-François.

C’est avec conviction qu’elle a d’abord signifié son intention au ministère des Transports et de la Mobilité durable (MTMD) de relocaliser le pont des Grandes-Fourches à 100 mètres à l’ouest, décision charnière qui allait non seulement permettre le développement d’un tout nouveau quartier en plein centre-ville et la revitalisation des berges des majestueuses rivières sherbrookoises, mais aussi de retirer des volumes significatifs de sols en zone inondable. En plus de la construction du nouveau pont, le projet comptait entre autres la construction d’un carrefour giratoire à la hauteur de la rue Terrill et l’aménagement d’une nouvelle artère urbaine, soit une version revampée de la rue des Grandes-Fourches Nord.

Signe que le projet d’envergure tenait la route, deux ententes ont été signées entre les parties gouvernementale et municipale en 2018, donnant à la Ville l’entière responsabilité de la réalisation du projet ainsi que la propriété du nouveau pont, ce qui en soi était un grand précédent.

Bien que les défis étaient imposants et multiples, la mise en place d’une équipe interne multidisciplinaire composée de professionnel.les en ingénierie, en environnement et en urbanisme, d’avocat.es, de notaires et d’agent.es négociateurs a permis de mener le projet à bon port. En plus de leurs connaissances et de leurs compétences, les membres des différentes équipes ont fait preuve d’une grande écoute des différents enjeux des autres disciplines, et ont rivalisé de créativité et d’agilité pour limiter les répercussions sur l’échéancier du projet et en assurer sa réalisation.

 

Gains sociaux et environnementaux

Le futur pont allait apporter de grands changements, mais aussi des répercussions sur le réseau routier et le centre-ville, notamment par la diminution du nombre de voies de circulation par rapport à l’ancien pont, et par le retrait de la moitié du nombre de cases de stationnement disponibles dans le secteur. Qu’à cela ne tienne, l’équipe de direction de la Ville de Sherbrooke a quand même su convaincre le conseil municipal et le milieu de la pertinence d’un tel projet pour la collectivité, dans une perspective de développement urbain et de protection de l’environnement.

Force est d’admettre qu’en changeant le visage du centre-ville, le projet de nouveau pont a eu des retombées positives et concrètes sur la saine gestion municipale, l’environnement et la qualité de vie des personnes citoyennes.

Tout d’abord, l’ancienne rue occupait la bande riveraine et était enclavée entre une rivière et une voie ferrée. Elle ne comportait aucun terrain desservi et n’offrait donc aucune possibilité de développement. En relocalisant cette rue en dehors de la bande riveraine, il devient désormais possible d’y projeter du développement : quelque 500 unités de logement pourront éventuellement prendre place aux abords du nouveau tracé.

En matière de gestion des sols, deux gains environnementaux importants sont à noter. D’abord, le niveau des rives nord-ouest des rivières Magog et Saint-François, auparavant surélevé, a été abaissé par l’enlèvement de quelque 20 000 m3 de sols dans la zone inondable. Ces sols retirés ont pu être réutilisés dans le cadre dudit projet. Ultimement, l’objectif est d’en retirer un total d’environ 45 000 m3.

 

 

Par ailleurs, il  y a environ 13 000 tonnes de sols contaminés et 45 000 tonnes de matières résiduelles qui dormaient sous le futur tracé, à proximité des rivières.

Le projet a fourni une bonne occasion de retirer ces matières indésirables du secteur avant d’entreprendre la construction du nouveau pont et du nouveau tronçon. Le projet a aussi permis de démolir et d’enlever définitivement plusieurs infrastructures. Ainsi, trois des quatre viaducs ont disparu du paysage et le retrait de la dernière structure sera fait dans la prochaine année. Un mur de béton de 160 m longeant la rivière Magog a été enlevé, permettant d’entreprendre la reconstruction de la berge. Il est d’ailleurs prévu que les berges, maintenant libérées des infrastructures, soient à moyen terme redonnées à la population sous la forme d’un vaste parc linéaire de près d’un kilomètre de longueur et d’une superficie équivalant à six terrains de football.

Les travaux dans le secteur ont aussi donné lieu à la déminéralisation et la végétalisation de quelque 100 mètres de chaussée en bande riveraine ainsi qu’à la réduction de surfaces asphaltées, notamment par le rétrécissement du réseau routier mis en place et la diminution du nombre de cases de stationnement. À tous ces gains environnementaux s’ajoutent un autre avantage non négligeable : les infrastructures vieillissantes qui ont été enlevées n’auront plus à être entretenues.

Quant aux ajouts ayant un bénéfice immédiat sur la qualité de vie de la population, ils sont nombreux. Deux trottoirs, des bandes cyclables unidirectionnelles et de l’aménagement paysager ont été implantés sur l’ensemble du tronçon, sous lequel est maintenant déployé un réseau d’égout pluvial séparé.

Inauguré le 20 décembre 2023, le nouveau pont des Grandes-Fourches offre désormais une vue imprenable sur les rivières qui s’écoulent dans le centre-ville de Sherbrooke. Déjà bien ancré dans les habitudes de déplacements, il s’intègre harmonieusement dans le paysage. Son élégante silhouette de canot renversé vient faire un clin d’œil au moyen de transport qu’y utilisait autrefois la Première Nation des Abénaquis.

Ayant nécessité un investissement totalisant 47,5 millions de dollars (M$) à ce jour, dont 26 M$ proviennent d’un financement octroyé MTMD, le projet dans son ensemble vient enfin fournir la preuve qu’il est possible, pour une organisation municipale, de transformer le négatif en positif. D’infrastructure essentielle en fin de vie, le pont des Grandes-Fourches, une fois reconstruit et relocalisé, devient ainsi le fil conducteur d’un secteur dont le potentiel ne demande qu’à éclore.

 

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Fabienne Déturche, M. Sc., M. Env. DMA
2023

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