Établir un programme de gestion des actifs pour les chaussées et les trottoirs municipaux

Pierre Gauthier, M.Sc.
Formateur Agréé CPMT
2025

Plusieurs municipalités sont confrontées à un problème majeur de dégradation de leurs réseaux routiers. La reconstruction de plusieurs rues entraîne un financement important dont les municipalités ont souvent peine à faire face, en particulier parce qu’il faut généralement refaire toute la structure de la chaussée. Il est donc devenu impératif d’établir un programme de gestion des actifs pour les chaussées et les trottoirs municipaux, de façon à optimiser les investissements.

 

La dégradation normale des infrastructures progresse lentement au départ et s’accentue grandement à partir du moment où elle entre dans une zone de détérioration plus avancée. Au début de cette période, les coûts d’intervention, pour remettre les actifs en bon état, sont relativement bas. Par la suite, la condition se dégrade rapidement et les dépenses associées à la reconstruction sont environ cinq fois plus élevées.

La gestion des actifs repose, en majeure partie, sur l’évaluation du seuil minimal acceptable avant d’atteindre une détérioration ou une dégradation importante des infrastructures. Cette limite est estimée généralement à partir de banques de données sur l’état des réseaux afin de sélectionner les chaussées et les trottoirs ayant le meilleur potentiel pour une prolongation de leur durée de vie. Ce programme a donc pour but d’intervenir au moment opportun à l’aide de techniques d’entretien préventif et de réhabilitation pour allonger le cycle de vie des ouvrages. Une planification bien accomplie est requise pour obtenir la meilleure gestion possible des fonds publics.

 

Inventaire et auscultation

Une étape primordiale dans l’élaboration du programme de gestion est de procéder à une campagne d’auscultation des infrastructures de surface à partir de leurs inventaires. Cela commence par l’identification et la localisation de chacun des segments, la dimension (longueur et largeur), le type, la classification et toutes autres informations complémentaires (niveau hiérarchique, sollicitation, historique de construction, etc.). Par la suite, l’auscultation et l’analyse de l’état des réseaux peuvent s’entreprendre Les éléments importants à évaluer sont la fissuration et les défauts de surface. De plus, concernant les chaussées, il est souhaitable d’en connaitre davantage sur l’orniérage, le confort au roulement, la susceptibilité au gel ainsi que la capacité structurale.

L’ensemble des informations recueillies sur le terrain doit être compilé sous forme de banques de données. L’analyse de celles-ci permet d’identifier l’état des réseaux routiers et piétonniers selon des paramètres décisionnels choisis et déterminés au préalable. Les résultats sont affichés sur des cartes thématiques montrant la condition de chaque segment.

 

Planification et techniques d’intervention

Une bonne planification s’appuie principalement sur le principe qu’il faut intervenir au moment opportun avant une baisse subite de l’état des infrastructures. Par ailleurs, il faut sélectionner les interventions ayant le meilleur potentiel pour la prolongation de leur durée de vie et choisir les techniques de remise en état appropriées en fonction des types de dégradation rencontrés. Les principales techniques pour l’entretien préventif sont le scellement de fissures, le planage et repavage de la chaussée ainsi que la réparation mince de trottoir :

  • Le scellement de fissures consiste à la mise en place d’un produit de colmatage dans les fissures et les joints. Cela empêche l’infiltration de l’eau, de saumure, de gravier ou d’autres matériaux indé Ce qui a pour effet de retarder l’apparition des dégradations comme les nids-de-poule et l’affaissement.
  • Le planage et le repavage s’effectuent en retirant en tout ou en partie l’ancien revêtement d’enrobé bitumineux de la route. Ceci permet d’éliminer plusieurs déficiences de la surface de la chaussée. Elle peut aussi contribuer à corriger la couronne et l’uni de la couche de roulement ainsi qu’à rétablir les problèmes causés par des contraintes de seuil (trottoirs et bordures).
  • La réparation mince de trottoir se réalise en scarifiant la surface de celui-ci puis en posant une chape adhérente en béton de 50 mm d’épaisseur. La bordure du trottoir est coupée au marteau pneumatique à 45° avant la coulée. La surface existante avant la mise en place d’un béton conventionnel doit être saturée d’eau sans présenter de flaques apparentes. Les techniques de réhabilitation consistent généralement à recycler l’enrobé bitumineux en surface ou à décohésionner la partie supérieure de la chaussée et à stabiliser la fondation :
  • Le recyclage de l’enrobé bitumineux (retraitement de type I) a pour but de réutiliser une épaisseur variable du revêtement existant, par le procédé de fraisage et enrobage à froid, en vue de créer une nouvelle couche de base. L’opération se réalise en fraisant la surface de la route et en malaxant le fraisât ainsi obtenu avec une émulsion de bitume modifié au polymère, avec ou sans ajouts de granulats d’apports, afin de constituer un nouveau pavage. Cette méthode offre la possibilité de rectifier le profil transversal et longitudinal de la chaussée.
  • Le décohésionnement et la stabilisation de la fondation (retraitement de type II ou III) s’effectuent à froid et habituelle ment en place. Cette méthode permet d’améliorer les propriétés mécaniques et la résistance à l’eau des matériaux. L’opération consiste à générer une certaine cohésion dans la couche supérieure de la fondation. Pour ce faire, on mélange les granulats produits par la pulvérisation (revêtement/fondation) avec un liant. Cette technique est réalisée à l’aide d’un équipement spécialisé qui malaxe les matériaux granulaires de la fondation recyclée en incorporant une émulsion de bitume ou de bitume moussé, avec ou sans ajout de ciment. La stabilisation est réalisée à la suite du décohésionnement et avant la pose du nouveau revêtement

 

Des techniques avantageuses

Un réseau routier en bon état est une condition essentielle de l’accessibilité des villes aux différentes parties de leurs territoires ainsi qu’au développement de celles-ci.

Les techniques d’entretien et de réhabilitation sont généralement respectueuses des ressources naturelles et rapides d’exécution. Elles minimisent ainsi les impacts sur l’environnement, la qualité de vie des citoyens et la sécurité des usagers.

Les chantiers étant réalisés plus rapidement, on observe moins d’incidence sur le temps de parcours global dû au ralentissement des véhicules occasionné par des détours. Les embouteillages engendrés par les travaux de voirie ont des répercussions qui affectent toute la production entourant les différentes activités économiques.

Concernant la réparation mince de trottoir, l’utilisation de cette technique en plus d’avoir un effet positif pour les piétons, occasionne beaucoup moins de désagrément aux résidents à proximité. Les arrières des voies piétonnes et des terrains sont peu ou pas endommagés et il y a une réduction du temps de fermeture des entrées charretières.

 

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