Est-ce que ce sont les heures passées à la quincaillerie familiale à Chambly qui ont donné à Annie Fortier la passion du « bâti » ? Des bancs d’école jusqu’au Service des travaux publics de la ville de Dorval, où elle travaille depuis les vingt dernières années, l’ingénieure a suivi un parcours marqué par la constance et la générosité.
Avant-dernière d’une famille de six enfants, dont quatre garçons, Annie Fortier a passé de nombreuses heures à l’aréna ou au stade de baseball. Elle a très tôt donné de son temps comme marqueuse. « Ça nous faisait un sujet de conversation à la maison, mon père et moi, explique-t-elle. Il passait beaucoup de temps à l’aréna. Il s’impliquait auprès des Forts de Chambly, l’équipe de hockey junior pour laquelle il a été trésorier entre autres. »
C’est un orienteur au secondaire qui l’aiguille vers le génie, elle qui aime les mathématiques et la physique. Elle vise le génie électrique, fait sa demande à l’École Polytechnique en 1987, mais est acceptée en génie civil, son deuxième choix. Une déception ? « Pas du tout. Une fois à Poly, j’ai constaté que les mathématiques en génie électrique étaient un peu trop abstraites pour moi. Le génie civil est plus concret ». Le génie électrique lui ouvre quand même une autre voie : celle de la vie de famille. C’est à Poly qu’elle rencontre son conjoint qui étudie… en génie électrique.
Puis, survient la tuerie de décembre 1989 à Polytechnique. Annie Fortier, ébranlée, pense tout arrêter. Elle prend une pause et décide, avec son conjoint, de fonder une famille. Le premier enfant, un garçon, naît en 1990. Elle reprend ensuite ses études, plus motivée que jamais, et obtient son baccalauréat en 1993. Deux autres enfants suivront, des filles, nées en 1995 et 1997.

De ville en ville
Dès sa sortie de l’université, l’ingénieure décroche un emploi à la Ville de Verdun comme auxiliaire aux travaux publics. Cet emploi lui permet de confirmer son choix de carrière. « Maintenant, avec les stages, les jeunes ont la chance de pouvoir vérifier, pendant qu’ils sont aux études, s’ils sont dans la bonne branche. »
Annie Fortier restera à l’emploi de la Ville de Verdun pendant 10 ans. Son poste, bien que contractuel, lui permet de concilier le travail et la famille : elle travaille d’avril à décembre, planifie ses grossesses pour accoucher à la fin de l’automne et reprend ses contrats en avril. La petite famille s’installe à Verdun, dans une maison qu’Annie Fortier et son conjoint occupent toujours.
Puis en 2003, elle décide de tenter sa chance à Dorval comme ingénieure de projet. Un poste permanent, enfin, qu’elle occupe maintenant depuis près de 20 ans et qui lui permet de toucher à tout. « C’est ce qui me plaît dans le fait de travailler pour une petite ville. Je dois être multidisciplinaire, ce qui n’est pas le cas dans de grandes villes où l’on doit se spécialiser. Les défis et les mandats sont variés et c’est loin d’être routinier. »
Et quelle est son expérience comme femme dans un domaine majoritairement masculin ? « C’est sans doute dû au fait que j’ai quatre frères, que j’ai pratiqué des sports dits masculins et que j’ai été très souvent entourée de garçons dans mon parcours, de l’université au monde du travail, mais je ne suis pas intimidée, je me sens à l’aise dans ce milieu-là. J’ai toujours ressenti de la camaraderie de la part des gars de ma génération. En plus, je sais comment ne pas mordre si on me taquine et, surtout, comment répliquer, » répond-elle en riant.
Donner et recevoir
Annie Fortier n’a jamais eu peur de donner du temps. De ses premières expériences à titre de responsable des marqueurs et des arbitres au baseball à l’adolescence jusqu’à son implication dans les équipes sportives de ses enfants, elle sait que le bénévolat n’a pas son pareil pour tisser des liens. Ce n’est donc pas surprenant de savoir qu’elle est membre de l’AIMQ depuis de nombreuses années, mais surtout qu’elle a pris part aux comités organisateurs de congrès de l’Association. Elle est actuellement présidente du chapitre Ville-Marie / Vaudreuil et est membre du comité de la revue Génial. Elle s’implique également activement auprès du Centre d’expertise et de recherche en infrastructures urbaines (CERIU) duquel elle est ambassadrice et présidente du conseil permanent Gestion des actifs en plus de siéger au conseil d’administration.
« J’ai adhéré à l’AIMQ à mon entrée à la ville de Dorval. Puis en 2007, je me suis jointe au comité organisateur du congrès annuel. C’était essentiel pour moi. J’étais la seule ingénieure dans ma ville, j’avais besoin du réseautage », explique-t-elle. Avec ses collègues de l’AIMQ, elle peut échanger sur les façons de faire, demander conseil. « Je n’en ai personnellement pas eu besoin, mais le réseau permet aussi d’avoir des références si on veut changer d’emploi, de ville. » Et bien sûr, des amitiés se créent au fil des ans.
Futur conditionnel
Avec son parcours qui semble avoir été bien réfléchi et motivé par un désir de stabilité, Annie Fortier nous surprend quand on lui demande si elle a déjà pensé à ce qu’elle ferait une fois à la retraite. « Je ne sais pas. On pourrait vouloir sortir de l’île. On adore le ski alpin et Bromont est notre mont. On aime aussi le travail manuel. » Elle explique qu’elle et son conjoint ont tiré une grande satisfaction à rénover la maison il y a quelques années.
Est-ce que ce futur peu défini, où tout est ouvert, où tout semble possible, est dû au fait que les enfants ont quitté le nid familial ? Ou est-ce l’influence des voyages, auxquels son conjoint et elle ont pris goût, et qui leur donne des ailes ? Le couple sillonnera les routes de l’île du Prince Édouard à vélo à l’été 2022.
Une chose est sûre : Annie Fortier n’a pas fini de mordre dans la vie.
« Il faut le faire pendant qu’on est en forme ! »