Les événements climatiques extrêmes ne sont plus rares et les municipalités subissent de plein fouet leurs conséquences. Les inondations, pluies diluviennes, vagues et îlots de chaleur, entre autres, exercent une pression croissante sur les milieux bâtis, les collectivités et les milieux naturels. Cette pression additionnelle engendre des coûts importants sur des infrastructures qui, pour plusieurs, ont déjà besoin d’entretien. Adapter les infrastructures municipales coûte cher, cependant l’inaction coûte encore plus cher. Il est estimé qu’en l’absence d’adaptation préventive, les changements climatiques (CC) ajoutent un coût supplémentaire annuel moyen de 10,9 milliards entre 2025 et 2100[1] sur la facture déjà élevée de l’entretien de base des infrastructures existantes des municipalités canadiennes.
Ces constats invitent à revoir les façons de planifier, de concevoir et de gérer les infrastructures municipales. Pour les ingénieur-e-s, c’est l’occasion d’élargir la boîte à outils en y intégrant les processus naturels, des alliés majeurs des infrastructures conventionnelles. Cette approche porteuse encourage un travail plus étroit avec les autres expertises afin de concevoir des projets résilients et durables.
Qu’est-ce qu’une solution nature ?
Les solutions nature pour le climat (SNC) (nature-based climate solutions en anglais) sont un ensemble d’actions qui s’appuient sur les écosystèmes afin de renforcer la résilience des territoires face aux CC. Elles reposent sur trois axes d’intervention : la protection, la restauration des milieux naturels, et l’amélioration des pratiques. Les solutions sont variées et elles peuvent s’appliquer tant aux secteurs de la gestion des eaux et de l’aménagement urbain qu’à ceux de l’agriculture et de la foresterie.
[1] Prévenir ou réparer : La preuve qu’adapter les infrastructures publiques aux changements climatiques rapporte gros. L’institut climatique du Canada.
En voici cinq exemples :
- La restauration des écosystèmes côtiers ;
- La restauration d’un milieu humide partiellement remblayé ou asséché ;
- La création d’aménagements végétalisés favorisant la gestion naturelle des eaux pluviales, telles que les noues végétalisées, les jardins de pluie, les prés fleuris, etc. ;
- La mise en place de bandes riveraines élargies ;
- L’adoption d’une gestion forestière diversifiée et adaptative.
Restauration et protection d’un milieu côtier à Sept-Îles
Avant sa dégradation par l’occupation illégale et la circulation de véhicules hors route, la végétalisation de la pointe de Moisie protégeait les berges contre l’érosion. Plusieurs interventions ont été réalisées entre 2016 et 2018 pour restaurer ce milieu naturel, incluant la plantation et la transplantation de plus de 100 000 végétaux, l’installation de barrières d’ensablement, la mise en place d’une vingtaine de panneaux de sensibilisation et de signalisation, ainsi que le balisage d’un réseau de sentiers.
Ces interventions ont permis de maintenir la fonction naturelle de protection des berges contre l’érosion, tout en favorisant la biodiversité et la résilience du milieu côtier face aux CC.
Amélioration des pratiques pour limiter l’impact des épisodes de fortes pluies et les refoulements d’égouts.
La Ville de Granby a choisi de miser sur le verdissement pour améliorer ces pratiques en matière de gestion des eaux pluviales. En effet, plutôt que de mettre en place un réseau de conduites souterraines à grande capacité de rétention, elle a réaménagé la voirie, en réduisant la surface perméable, et en implantant des noues végétalisées le long de la route. Ceux-ci sont de larges fossés peu profonds conçus pour retenir l’eau de pluie et ralentir son écoulement par infiltration.
La Ville de Granby a réalisé le réaménagement des rues Saint-André et Lansdowne sur une longueur de 1 130 mètres linéaires, pour un coût de 2,35 millions de dollars. Cette intervention, qui inclut les bénéfices apportés par la nature, représente une économie de 1,3 million de dollars comparativement à l’approche initialement envisagée, plus conventionnelle, estimée à 3,7 millions de dollars.
Ces exemples illustrent les bénéfices multiples des SNC, en plus de représenter des options moins coûteuses que les infrastructures grises ou certaines solutions technologiques. Ainsi, miser sur les solutions nature est une approche gagnante pour les citoyens, la biodiversité et le portefeuille des municipalités.
Dans le contexte actuel d’urgence climatique, il devient nécessaire de diversifier les solutions mises en place. C’est pourquoi Nature Québec a créé un guide téléchargeable sur les SNC, qui propose des actions pour faciliter leur planification et leur mise en œuvre à l’échelle municipale.
À propos de Nature Québec :
Nature Québec est un organisme national sans but lucratif qui défend la biodiversité et un climat stable en s’appuyant sur la science et l’action collective. L’organisation porte la voix de la nature, sensibilise, mobilise et influence les politiques publiques. Elle agit sur le territoire en réalisant et en accompagnant des initiatives de protection des milieux naturels, de restauration écologique, d’utilisation durable des ressources et d’adaptation aux CC.
Le projet En Mode Solutions nature de Nature Québec est réalisé grâce au soutien financier du gouvernement du Québec dans le cadre du programme Action-Climat Québec, coordonné par le Fonds d’action québécois pour le développement durable et qui découle du Plan pour une économie verte 2030.