L’accessibilité universelle pour des municipalités plus inclusives

Marianne Turcotte-Plamondon
Conseillère – Équité territoriale et vieillissement actif
Pierre-Yves Chopin
Conseiller senior – Mobilité et aménagement
Adrien Kazup
Coordonnateur – Vieillissement actif
Victor Bouguin
Conseiller – Mobilité et aménagement
Vivre en Ville
2026

Les municipalités occupent un rôle central pour rendre les milieux de vie plus inclusifs, notamment en matière d’accessibilité universelle des aménagements. Au même titre que les urbanistes et les architectes-paysagistes, les ingénieur·e·s municipaux sont des acteurs clés pour améliorer le quotidien de la population.

Ville inclusive, ville accessible

La ville inclusive peut être définie comme un idéal permettant d’offrir à l’ensemble de la population un accès équitable et abordable à l’espace, aux commodités et aux services, ainsi qu’aux occasions de développement économique et de participation sociale (World Bank, 2015).

Pour tendre vers cet idéal d’inclusion, les interventions ciblent généralement les populations désavantagées et marginalisées, mais également d’autres groupes qui sont peu ou mal considérés, comme les enfants, les personnes aînées ou encore les étudiant·e·s (Anttiroiko & de Jong, 2020).

Pour les municipalités, ce concept large se décline dans de nombreux domaines, notamment en matière de planification et d’aménagement de l’environnement bâti. Chaque intervention peut renforcer l’inclusivité des milieux de vie, et plus particulièrement des espaces publics, en plaçant entre autres l’accessibilité universelle au cœur des décisions.

Selon leurs caractéristiques, les aménagements peuvent soutenir ou contraindre les déplacements et les activités du quotidien de personnes vivant avec des incapacités et des limitations. Ils peuvent même contribuer à la production de handicaps.

Selon le modèle de développement humain du processus de production du handicap (Fougeyrollas, 2010), la situation de handicap est le résultat de l’interaction entre les facteurs personnels (p. ex. aptitudes et facteurs identitaires) et les facteurs environnementaux (p. ex. largeur des trottoirs, absence d’îlot-refuge, présence d’abaissement de trottoir, etc.). Ces derniers vont ainsi agir en tant que facilitateurs lorsqu’en adéquation avec la réalité et les besoins des personnes, ou bien vont s’ériger en barrières lorsque la personne ne peut réaliser pleinement ses activités.

Les Municipalités ont le pouvoir d’agir sur les facteurs environnementaux afin de soutenir l’accessibilité universelle (Institut de santé publique du Québec, 2021).

Personne aînée se déplaçant à l’aide d’une marchette, place publique au croisement du boulevard
Rosemont et de la rue Saint-Vallier, Montréal. © Vivre en Ville

L’ingénierie municipale, au cœur des solutions

En raison de leurs nombreuses responsabilités, les ingénieur·e·s municipaux jouent un rôle crucial dans l’amélioration de l’accessibilité universelle. En adoptant cette lunette, ces professionnel·le·s ont le pouvoir d’améliorer le quotidien de différents groupes, comme les personnes aînées ou vivant avec des incapacités, et ce, de la planification à l’exploitation des projets.

Comprendre les besoins et aspirations de la population

Améliorer l’accessibilité universelle d’un environnement exige de considérer les besoins variés de la population.

Les marches exploratoires auprès de personnes vivant avec des incapacités sont des occasions particulièrement pertinentes pour saisir les effets des aménagements et de leur entretien sur le quotidien de ces personnes.

Ces activités consistent à réunir le personnel municipal et des personnes dont les expériences de mobilité diffèrent de celles de la population générale afin de réaliser un parcours à pied. En se sensibilisant à leurs enjeux, le personnel municipal s’outille pour répondre efficacement aux besoins, en bonifiant les diagnostics et en évitant des erreurs de conception et les coûteuses corrections associées.

Les marches exploratoires rassemblent un nombre restreint de personnes et certaines ne pourront pas participer en raison d’infrastructures ou de conditions trop défavorables à leurs déplacements. Pour éviter toute perte d’information, leur voix peut aussi être portée par des organismes qui les représentent. Pour pousser l’expérience encore plus loin, certains organismes, comme Société Logique ou Altergo, offrent des ateliers visant à expérimenter une incapacité le long d’un parcours grâce à des prothèses et appareils d’aide à la mobilité.

Intersection protégée, avenue Christophe-Colomb et rue de Bellechasse, Montréal.
© Vivre en Ville

Prioriser les interventions

Nourrie par les échanges avec la population et les organisations communautaires, une planification inclusive cherche à améliorer l’accessibilité universelle de l’environnement bâti dans les lieux les plus cruciaux.

Ceux-ci peuvent être identifiés en ciblant par exemple :

  • les milieux où les populations défavorisées ou âgées sont plus concentrées ;
  • les destinations fréquentées par ces populations (commerces et services du quotidien, résidence pour aînés, service de soins, écoles, arrêts de transports en commun, organismes communautaires, etc.) ;
  • les parcours qui relient le plus directement possible les destinations entre elles et avec les concentrations résidentielles ;
  • les lieux nécessitant une amélioration rapide en raison de lacunes d’accessibilité et de sécurité importantes.

Ce travail permet d’établir les lieux prioritaires pour des interventions en fonction des besoins des populations vulnérables ou vivant avec des incapacités. Cette priorisation peut ensuite être intégrée dans la pratique quotidienne des ingénieur·e·s municipaux pour guider une allocation stratégique des ressources.

En la traduisant dans des outils transversaux (politiques internes, plans d’immobilisation, programme de réfection et d’entretien, etc.), il devient possible d’offrir plus de clarté à l’ensemble de l’administration, tant en ce qui a trait à la planification des travaux qu’à l’entretien des espaces publics.

Intersection surélevée avec revêtement pavé contrasté et pente de béton sur la rue Centrale, à Sainte-Catherine. © Vivre en Ville

Concrétiser des solutions pour l’accessibilité universelle

Avec une bonne compréhension des besoins et des priorités d’action, chaque intervention est une occasion d’améliorer concrètement l’accessibilité universelle et, plus largement, le confort et la sécurité des déplacements piétonniers pour tout le monde.

Partout au Québec, des équipes municipales déploient des solutions d’aménagement pour atteindre ces objectifs, notamment pour sécuriser les intersections. Parmi les plus novatrices, on peut souligner le déploiement récent à Montréal d’intersections protégées (p. ex. le long de l’avenue Christophe-Colomb) et de trottoirs traversants (p. ex. le long de la rue de Verdun). Ces deux solutions assurent des parcours continus et séparés de la chaussée tout en augmentant la visibilité des personnes.

On peut également observer les intersections et passages piétonniers surélevés se multiplier sur le territoire québécois. En plus de ralentir les véhicules, leur grand intérêt est de ne pas imposer de dénivellation pour les cheminements piétonniers. L’accessibilité est ainsi renforcée, notamment en hiver : fini les flaques d’eau et les pentes glissantes ! Les plus efficaces sont dotés de pentes franches en béton, pour un ralentissement accentué des automobiles et une visibilité accrue en toute saison.

Pour plus de sécurité, l’intégration d’îlots-refuges au centre de la chaussée permet une traversée en deux temps, plus facile pour tout le monde. Le rétrécissement associé à la présence d’un îlot médian augmente également la sécurité, et ce, d’autant plus si des arbres y sont plantés.

Assurer l’accessibilité toute l’année

Les différentes conditions saisonnières créent leur lot d’obstacles, pouvant aller jusqu’à empêcher une personne d’atteindre sa destination. Un aménagement peu accessible en l’absence de neige le sera d’autant moins en hiver. Par exemple, une intersection avec un temps de traverse insuffisant sera encore plus difficile à franchir en hiver en raison de l’accumulation de neige et de glace qui ralentit les piétons.

Pour contrer ce genre de situation, l’accessibilité universelle doit être le critère premier, autant dans la conception des aménagements que dans les stratégies d’entretien. Ainsi, pour rester accessibles en toutes saisons, les aménagements doivent pouvoir être facilement entretenus. À défaut d’une conception adéquatement pensée, les stratégies d’entretien doivent être adaptées, afin de ne pas compromettre ce critère d’accessibilité universelle.

Par exemple, les bancs aux abords des trottoirs sont parfois retirés l’hiver afin d’éviter des bris causés par les véhicules de déneigement sur ces infrastructures. Pourtant, un grand nombre de personnes en ont besoin pour prendre des pauses. Permettre aux équipes de déneigement de compléter leur parcours plus lentement contribue à limiter les bris, et, par la même occasion, préserve l’accessibilité universelle du parcours. Adapter les ressources allouées aux équipes d’entretien en matière de budget, de main-d’œuvre, de formation et d’équipement est donc une bonne stratégie.

D’autres stratégies sont également à explorer afin d’assurer l’accessibilité toute l’année :

  • réévaluer les pratiques de conception, particulièrement en ce qui concerne le dimensionnement des cases et l’offre de stationnement;
  • élaborer les solutions d’aménagement en partenariat avec les équipes techniques, y compris avec des simulations sur le terrain ;
  • modifier les pratiques d’entretien et envisager l’acquisition de matériel d’entretien adapté aux contraintes du milieu pour répondre aux besoins en accessibilité universelle.

Passage piétonnier surélevé avec pente de béton et îlot-refuge médian sur le boulevard Honorius-Charbonneau, à Mont-Saint-Hilaire. © Vivre en Ville

Une expertise précieuse à enrichir

Les spécialistes de l’ingénierie municipale sont à l’avant-plan pour rendre la municipalité plus inclusive. Ils portent une responsabilité importante dans la recherche de solutions favorables à l’accessibilité universelle pour les différents projets d’aménagement.

Pour y parvenir, l’amélioration des pratiques passe notamment par une collaboration étroite avec les populations directement concernées. Ce renforcement de l’expertise au sein de l’appareil municipal ouvre la porte à ce que l’accessibilité universelle devienne une véritable lunette dans l’analyse et l’intervention, pour des effets cohérents, structurants et durables.

Bibliographie
– Anttiroiko, AV. & de Jong, M. (2020). «Introduction», The Inclusive City. Palgrave Pivot, Cham. https://doi.org/10.1007/978-3-030-61365-5_1
– Fougeyrollas, P. (2010). La funambule, le fil et la toile. Transformations réciproques du sens du handicap. Québec : Les Presses de l’Université Laval, 315 p.
– Institut national de santé publique du Québec [INSPQ]. (2021). «Accessibilité universelle : la conception d’environnements pour tous». Numéro 6 – Juillet.
[En ligne] https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/2775-accessibilite-universelle-conception-environnements.pdf
– World Bank (2015). World Inclusive Cities Approach Paper. Washington, DC: World Bank. Washington, DC: World Bank.
https://documents1.worldbank.org/curated/en/402451468169453117/pdf/AUS8539-REVISED-WP-P148654-PUBLIC-Box393236B-Inclusive-Cities-Approach-Paper-w-Annexes-final.pdf

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