Rivière-du-Loup modernise ses étangs aérés : optimiser plutôt que reconstruire

Auteur·e·s

Gérald Tremblay
Ing., directeur, Service technique et de l’environnement
Ville de Rivière-du-Loup
2026

Que faire lorsqu’une station d’épuration atteint ses limites, mais qu’il n’y a plus d’espace pour l’agrandir? À Rivière-du-Loup, cette contrainte est devenue le point de départ d’une réflexion qui a conduit à une solution innovante : moderniser les étangs aérés existants plutôt que reconstruire. Un choix qui pourrait inspirer bien d’autres municipalités confrontées aux mêmes défis.

Lorsque la Ville de Rivière-du-Loup s’est penchée sur l’avenir de son système de traitement des eaux usées, un constat s’est rapidement imposé : les étangs aérés atteignaient leurs limites, alors que le site ne permettait pratiquement aucune expansion.

Mise en service en 1997, les étangs avaient été conçus pour traiter un débit moyen d’environ 18 000 mètres cubes (m³) par jour. Or, l’évolution du réseau, le resserrement des exigences environnementales et la croissance des besoins de traitement, exigeaient désormais une capacité nettement supérieure.

La solution la plus évidente aurait consisté à construire de nouveaux bassins ou une nouvelle usine, mais la réalité du terrain en a décidé autrement.

Le site est entièrement enclavé : la Ville et les secteurs développés au sud, l’autoroute 20 au nord, les terres agricoles à l’est et le site de gestion de la neige usée à l’ouest limitent toute possibilité d’agrandissement. Dans ce contexte, chaque mètre carré disponible devenait stratégique.

La Ville devait donc trouver une solution capable d’augmenter les performances de ses installations sans en accroitre l’empreinte au sol. Cette contrainte a profondément orienté la réflexion et conduit à privilégier une approche d’optimisation plutôt qu’une reconstruction complète.

Un système robuste qui devait évoluer

Les étangs aérés ont longtemps offert une grande stabilité. Leur volume total de plus de 250 000 m³ et leurs quatre cellules en série ont permis d’absorber les variations saisonnières et les fluctuations du réseau.

Mais le réseau d’égout a considérablement changé. La séparation progressive des réseaux pluviaux et sanitaires a réduit les débits acheminés aux étangs, tout en augmentant la concentration des matières en suspension et de la matière organique. Les installations étaient aussi de plus en plus sollicitées lors de pointes hydrauliques dépassant largement les débits prévus à la conception initiale.

Les infrastructures demeuraient fiables, mais elles devaient être adaptées aux nouvelles réalités du réseau et aux exigences de traitement.

La question n’était donc plus de remplacer un système devenu désuet, mais de déterminer comment en tirer davantage de performance avec les infrastructures existantes.


Une obligation de résultat

Avant de choisir une technologie, la Ville voulait s’assurer que la solution proposée serait en mesure de répondre aux performances attendues sur plus de 30 ans. Les projections indiquaient qu’à l’horizon de conception, le débit moyen pourrait atteindre près de 32 000 m³ par jour, soit presque le double de la capacité initiale.

Au-delà des performances théoriques, la Ville exigeait une démonstration concrète de leur atteinte.

Le devis d’appel d’offres imposait donc un cadre exigeant. L’adjudicataire devait :

  • concevoir et construire la solution;
  • assurer une mise en service de 12 mois;
  • réaliser un contrôle de la qualité sur 12 mois supplémentaires;
  • effectuer trois visites par semaine sur le site pour valider le bon fonctionnement;
  • démontrer, sur plusieurs jours, que l’équipement pouvait atteindre le débit moyen de conception;
  • offrir une garantie complète sur les performances.

Cette approche axée sur les résultats a permis de sélectionner une technologie performante, compacte et parfaitement intégrable à nos installations existantes.


Compléter les étangs plutôt que les remplacer

Le consortium Veolia – Filtrum – Axor a proposé une approche hybride consistant à intégrer un procédé en aval des étangs, juste avant le rejet final. Cette stratégie répondait directement à l’enjeu principal du projet : améliorer la performance sans agrandir les installations.

Le procédé Actiflo® ne remplace pas les étangs : il les complète. Les étangs continuent d’assurer le traitement biologique principal, tandis que ce procédé optimise la clarification finale de l’eau afin de respecter les normes de rejet applicables à la demande biochimique en oxygène carbonée (DBO₅C) et aux matières en suspension (MES).

Le procédé repose sur une décantation accélérée utilisant microsable, coagulation et floculation. Cette combinaison permet d’obtenir une clarification rapide et de traiter des débits importants dans une installation de faible superficie, un avantage déterminant dans un contexte où l’espace disponible était extrêmement limité.

L’intégration de cette technologie s’est accompagnée de plusieurs interventions complémentaires :

  • Installation de quatre aérateurs de surface ont été installés dans les étangs pour améliorer l’oxygénation et stabiliser le traitement.
  • Retour des boues générées directement aux étangs, évitant la construction d’un bassin d’emmagasinage.
  • Construction d’un nouveau bâtiment technique destiné à accueillir le système de clarification à grande vitesse et les équipements de dosage.
  • Réutilisation des soufflantes existantes.

Pris isolément, chacun de ces choix parait relativement simple. Ensemble, ils ont permis de moderniser la filière tout en conservant une empreinte minimale et en valorisant les équipements déjà en place.


Une modernisation ciblée de 4,18 M$

Le cout global du projet, incluant la conception, la construction, la mise en marche et le suivi des performances, s’élève à 4,18 millions de dollars (M$) taxes incluses, conformément au budget maximal prévu au devis.

Mais l’intérêt du projet dépasse largement son cout.

La Ville disposait déjà d’une infrastructure robuste et fonctionnelle. Le défi consistait plutôt à lui permettre de répondre aux exigences actuelles et futures malgré un site avec très peu d’espace pour construire.

Dans ce contexte, la meilleure solution n’était pas de chercher un nouvel emplacement ni de remplacer les installations, mais de repenser la filière de traitement afin de maximiser le potentiel des ouvrages existants.

C’était de prendre du recul et de se demander : que pouvons-nous améliorer avec ce que nous avons déjà?


Optimiser avant de reconstruire

Le projet de Rivière-du-Loup illustre qu’une modernisation réussie ne passe pas nécessairement par la reconstruction complète d’une infrastructure.

Les contraintes d’espace ont forcé la Ville à adopter une approche différente, fondée sur l’optimisation des actifs existants plutôt que sur leur remplacement. L’intégration du procédé Actiflo®, combinée à des améliorations ciblées des étangs aérés, permet aujourd’hui d’augmenter significativement les performances de traitement tout en limitant les investissements et l’empreinte au sol.

Dans un contexte où de nombreuses municipalités doivent moderniser des infrastructures vieillissantes tout en composant avec des contraintes foncières et financières croissantes, l’expérience de Rivière-du-Loup démontre qu’il est parfois plus pertinent d’optimiser l’existant que de repartir à zéro.

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