L’intelligence collective : un levier de performance pour les équipes municipales

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ETS Formation
2026

Face à la multiplication des projets d’infrastructures, à l’augmentation des exigences réglementaires et à la pression constante sur les échéanciers, les organisations municipales cherchent naturellement à améliorer leur performance. Les stratégies d’optimisation reposent souvent sur les méthodes de travail, les logiciels ou l’intelligence artificielle. Pourtant, un levier fondamental est fréquemment sous-estimé : la capacité des équipes à mieux collaborer. Car derrière chaque projet réussi se trouvent avant tout des personnes — ingénieures, techniciennes, gestionnaires et partenaires — capables de mettre leurs compétences en commun.

Pour l’ingénieure, coach certifiée et formatrice à l’ÉTS Formation Lamia Rarrbo, la performance durable passe d’abord par les individus. Elle propose de replacer l’humain et l’intelligence collective au cœur des organisations. Sa formation Réinventer la productivité : aligner performance et intelligence collective montre comment des pratiques collaboratives et des moments de réflexion peuvent aider les équipes municipales à gagner en efficacité.

Les lois fondamentales de la productivité

L’approche proposée s’appuie sur les neuf lois fondamentales de la productivité. Ces dernières, issues des principes de la gestion allégée (LEAN Management), se concentrent sur l’efficacité, l’efficience et la durabilité. L’une des plus connues est la loi de Pareto, ou règle des 80/20, selon laquelle une faible proportion des actions génère l’essentiel des résultats. Dans un contexte municipal, cette logique peut par exemple se traduire par l’identification des étapes critiques d’un projet d’infrastructure qui influencent réellement les délais, ou encore la priorisation des interventions ayant le plus grand impact sur la sécurité ou la conformité.

Toutefois, ces principes ne s’appliquent pas uniquement aux processus organisationnels. Ils commencent par une meilleure compréhension du fonctionnement individuel et collectif des équipes. Des tests et des exercices pratiques réalisés au cours de la formation de Lamia Rarrbo permettent de comprendre comment ces lois fondamentales, appliquées aux professionnels et professionnelles des organisations municipales, peuvent rehausser la productivité.

De l’efficacité individuelle à la performance collective

L’un des constats centraux de l’approche proposée par Lamia Rarrbo est que la productivité d’une équipe ne peut être dissociée des réalités individuelles. Mieux comprendre son propre mode de fonctionnement — rythmes de concentration, préférences de collaboration, réactions au stress — permet de mieux s’intégrer au travail d’équipe. « Mieux on se connaît, mieux on performe. Des fois, les gens pensent qu’ils ont une identité personnelle et une identité professionnelle, je leur dis que c’est la même personne. Il faut se connaître soi-même pour arriver à savoir comment on travaille en équipe », affirme la formatrice.

Faire le lien entre les réalités individuelles et la dynamique de l’équipe permet de revoir les façons de travailler et d’identifier plus facilement les sources d’inefficacité.

Dans un contexte municipal, plusieurs questions peuvent stimuler les réflexions :

  • Est-ce que l’efficacité d’une personne ingénieure pourrait créer un goulot d’étranglement dans la chaine décisionnelle?
  • Comment définit-on les urgences, ce qui est important pour moi, mais aussi pour l’équipe ?
  • Comment concilier les zones de haute productivité des un·e·s et des autres ?
  • Les réunions sont-elles planifiées aux moments où les personnes participantes peuvent réellement contribuer efficacement?
  • Les responsabilités de leadership sont-elles clairement partagées entre gestionnaires et experts ou expertes techniques?

« Ces questionnements sont souvent délégués aux gestionnaires, mais c’est dans la responsabilité de tous – personnes ingénieures, techniciennes, professionnelles, etc. – de prendre en charge, d’être leader, de se demander quelles sont les priorités de l’organisation et de voir comment on peut, en tant qu’individu, s’insérer à l’intérieur de ça », explique madame Rarrbo.

Une vision claire des objectifs organisationnels, combinée à une compréhension mutuelle des contraintes de chacun·e, favorise non seulement la performance, mais aussi l’engagement et la mobilisation des équipes.

Exploiter la « zone de génie » dans les équipes

Avez-vous parfois l’impression d’être une personne plus performante, et donc plus productive, que vos collègues? C’est sans doute parce que votre zone de génie est bien exploitée, ce qui n’est peut-être pas le cas de celle de vos collègues.

Selon la matrice de performance d’Hendrix, quatre zones régissent la productivité : incompétence, compétence, excellence et zone de génie. Cette dernière zone correspond aux tâches et activités qu’une personne réalise naturellement bien, avec aisance et motivation. « Chaque individu a une zone de génie. Le problème, c’est que les organisations ne l’utilisent pas toujours », explique Lamia Rarrbo. Dans un service municipal, cela peut se traduire par le fait de confier davantage la coordination de chantier aux individus qui excellent en gestion opérationnelle, tandis que d’autres se concentrent sur l’analyse technique ou la planification.

Les structures organisationnelles des municipalités, souvent rigides, peuvent freiner le déploiement des zones de génie de chacun et chacune. C’est souvent dans ce contexte que le désengagement s’installe. L’intelligence collective devient alors un outil puissant : si chaque personne contribue dans sa zone de génie, l’équipe performe davantage avec moins d’effort.

Vers une productivité durable dans les organisations municipales

Au-delà des outils et des méthodes, l’approche suggérée par Lamia Rarrbo invite à un changement de perspective : la performance ne repose pas uniquement sur l’optimisation des processus, mais aussi sur la compréhension des dynamiques humaines qui les soutiennent.

Dans un environnement municipal où les projets sont complexes, multidisciplinaires et fortement encadrés, concilier efficacité opérationnelle, collaboration et bien-être des équipes devient un facteur clé de réussite. Miser sur la connaissance de soi, la complémentarité des forces et la clarté des priorités permet ainsi aux organisations municipales d’améliorer durablement leur performance. Dans un contexte marqué par la pénurie de main-d’œuvre spécialisée et la complexité croissante des projets publics, cette approche constitue un levier concret pour bâtir des équipes plus mobilisées, plus résilientes et plus performantes.

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